2018 EN CHIFFRES
- 🔥 Surface brûlée : 5 100 hectares sur l’année (base nationale des incendies de forêt), la saison la plus calme de la décennie 2011-2022
- 📍 Contexte : un été orageux et arrosé sur une grande partie du pays, une végétation restée verte au cœur de la saison
- 🚒 Mobilisation : pas de feu majeur ni de mobilisation nationale exceptionnelle rapportés sur la saison française*
- ⏱️ Durée : aucun incendie au long cours recensé dans les bilans français de l’année*
- 🤕 Bilan humain : aucune victime rapportée dans les bilans français de la saison*
- 🌍 Le contraste européen : le 23 juillet, l’incendie de Mati, près d’Athènes, fait une centaine de victimes, la pire tragédie du feu en Europe au XXIe siècle
*Aucun bilan national consolidé n’a été publié pour la saison 2018 ; ces lignes reflètent l’absence d’événement majeur signalé dans les communications officielles et la presse de l’année.
Incendies : BDIFF, ministère de l'Agriculture · Forêts : IGN BD Forêt® V2.
Zones brûlées 2018 recensées par la BDIFF (ministère de l’Agriculture). Les chiffres de la carte peuvent différer du bilan national, qui inclut toutes les végétations.
L’année 2018 en un regard
Dans la série des saisons de feux françaises, 2018 est l’année blanche : 5 100 hectares brûlés, le chiffre le plus bas de toute la décennie 2011-2022. Trois fois moins que la moyenne, quatorze fois moins que ce que 2022 infligerait quatre ans plus tard. Un été traversé d’orages, une végétation restée verte, des départs de feu qui meurent avant de grandir : la France forestière a passé l’été 2018 à respirer.
La carte ci-dessus le montre sans détour : quelques cicatrices éparses, rien qui accroche l’œil. Et c’est précisément ce qui rend cette année intéressante. Car pendant que la France respirait, l’Europe, elle, vivait sa pire tragédie moderne du feu.
Mati, le 23 juillet 2018
Ce jour-là, à une trentaine de kilomètres d’Athènes, un incendie poussé par des vents violents fond en moins de deux heures sur la station balnéaire de Mati. Les habitants et les vacanciers sont piégés entre les flammes et la mer ; beaucoup meurent dans leurs voitures, dans leurs maisons, ou noyés en tentant de fuir à la nage. Le bilan s’établit à une centaine de victimes : la catastrophe la plus meurtrière liée à un feu de forêt en Europe au XXIe siècle.
Mati n’est pas un fait divers lointain : c’est un miroir. Une urbanisation dense imbriquée dans la pinède, des voies d’évacuation étroites, un vent qui transforme un départ de feu en piège mortel en quelques dizaines de minutes. Tous les ingrédients existent aussi sur notre littoral méditerranéen ; seules les circonstances ont, jusqu’ici, épargné à la France un scénario comparable. L’année précédente, l’épisode de juillet 2017 avait déjà montré des milliers de vacanciers dormant sur les plages du Var, encerclés par les fumées.
Ce que 2018 nous apprend
La première leçon est arithmétique : même l’année la plus clémente de la décennie a brûlé 5 100 hectares. Le « zéro feu » n’existe pas ; il n’existera jamais tant que neuf départs sur dix resteront d’origine humaine. Une saison calme mesure la clémence de la météo, pas la sagesse des comportements.
La seconde leçon est stratégique : les années calmes sont un capital. C’est en 2018 qu’il aurait fallu, partout, débroussailler, entretenir les coupures, repenser les interfaces entre habitat et forêt, pendant que les pompiers avaient du souffle. Mati a montré ce qui arrive quand un territoire découvre ses failles le jour du feu. L’année suivante, la France paierait à son tour un lourd tribut, d’une autre nature : la vie d’un pilote de la Sécurité civile. Et le moteur climatique, lui, n’a pas pris de pause en 2018 : les étés arrosés deviennent l’exception. Ce basculement s’écrit dans l’atmosphère : découvrez à quel taux de CO₂ vous êtes né, la courbe ne redescend pas.
Et après le feu ?
Que faire d’une année sans feu ? Exactement ce que le Domaine le Closeau s’efforce de faire de chaque saison tranquille : planter, structurer, morceler. Les haies mises en terre une année calme sont les pare-feux vivants de la décennie suivante. Un paysage divers, morcelé et vivant ne se construit jamais dans l’urgence d’un été rouge ; il se construit dans le silence des étés verts, comme celui de 2018.
Explorez toutes les années sur la carte des feux de forêts.
Sources : dossier de presse interministériel 2023 (surfaces annuelles BDIFF) ; sur Mati : bilans officiels grecs largement documentés par la presse européenne.