Le Domaine : notre projet de boisement de 40 hectares

Convertir des terres agricoles en forêt sans effacer le territoire : la stratégie complète du projet du Domaine, ses trois tranches de plantation et ce que nous choisissons de ne pas planter.

Légende de l'image : domaine closeau proche de l'étang - Domaine le Closeau | CC BY-SA 4.0

Table des matières

Le projet en une phrase

Convertir en forêt des parcelles agricoles en préservant l’identité du territoire, ses milieux, ses spécificités. C’est l’objectif que nous nous sommes fixé pour le Domaine le Closeau, et c’est aussi, à rebours des clichés sur le boisement, la partie la plus exigeante du projet : planter, ce n’est pas le difficile. Savoir où ne pas planter, et pourquoi, l’est davantage.

Où, et sur quel terrain

Le site se trouve à Beaumont-Pied-de-Bœuf, en Mayenne, sur la section cadastrale OB. L’ensemble constitue une unité d’environ 40 hectares, aujourd’hui occupée par des terres de culture, un étang d’origine artificielle d’environ un hectare, et quelques espaces enherbés. Le relief y est plus marqué qu’on ne l’imagine en Mayenne : 62 mètres d’altitude au niveau du domaine, avec un point haut à 65 mètres au nord et un point bas à 42 mètres au sud, séparés par un dôme sableux et une micro-vallée. Le site est particulièrement exposé au vent, une donnée qui a pesé sur chacun de nos choix.

Le diagnostic pédologique a révélé une réalité en trois bandes. Au nord, sur environ un tiers du site, des sables enrichis en limons, parfois caillouteux, offrent une réserve utile correcte. Au centre, sous les bâtiments, un dôme de sables très grossiers, à forte filtrabilité, présente au contraire une faible réserve utile. Au sud, un dernier tiers s’enrichit progressivement en limons, avec une exposition plus marquée au soleil. Trois sols, trois comportements face à la sécheresse : c’est cette carte-là qui a guidé le choix des essences, tranche par tranche.

Ce que nous préservons, avant même de planter

L’examen des divisions parcellaires et des documents anciens montre une forte érosion de la présence des arbres et des haies depuis plus d’un demi-siècle. Ce qui en subsiste, des trames résiduelles de chênes pédonculés conduits en têtards sur les bordures, n’est donc pas un décor : c’est le point de départ de tout le projet. Nous en parlons plus en détail dans notre article sur les haies du Domaine, avec la carte interactive de nos tracés.

Trois engagements structurent la suite. D’abord, les zones humides identifiées, en amont et en aval de l’étang, restent en espaces enherbés : elles ne seront pas plantées. Ensuite, depuis la ferme, un cône de visibilité est maintenu sur l’étang et les parcelles en arrière-plan : les boisements resteront à distance des bâtiments, entre 30 et 40 mètres. Enfin, le plan d’eau ne sera pas enfermé dans une « gangue forestière » : le site accueille du petit et du grand gibier, pour qui l’étang est un réservoir attractif, et nous refusons de couper cet accès. Boiser intelligemment, ce n’est pas boiser au maximum.

La carte du site

Haies existantes (préservées) Nouvelles haies (2026)

Localisation volontairement limitée à un rayon de 10 km, sans nom de lieu ni de route, pour préserver la confidentialité du site.

Trois tranches, environ 23 hectares boisés sur 40

Le boisement ne recouvrira pas l’intégralité de l’unité foncière : sur les 40 hectares, environ 23 hectares seront effectivement plantés, répartis en trois tranches de travaux qui en facilitent la mise en œuvre et le suivi. La tranche 1, environ 9,4 hectares, occupe la partie centrale du site, autour des bâtiments du domaine, avec un mélange dominé par le chêne sessile et le chêne pubescent en partie haute. La tranche 2, environ 8,5 hectares, associe chêne pubescent, chêne sessile et des îlots de robinier faux acacia. La tranche 3, environ 5 hectares, au nord du site, mise sur le chêne sessile à hauteur de 80 %, complété de charme, d’érable champêtre et d’alisier torminal ou de cormier. Chaque tranche reçoit ses propres essences de tête d’allée, chêne vert, cèdre de l’Atlas, tilleul, choisies aussi pour leur tenue esthétique le long des dessertes.

Comment nous plantons

La méthode retenue favorise une ambiance forestière plutôt qu’un alignement industriel : les lignes d’arbres sont plantées par trois, espacées de 1,80 à 2 mètres, puis une quatrième ligne est sautée pour ménager un passage d’entretien mécanique de 3,60 à 4 mètres. Les plants sont espacés de 2 à 2,20 mètres sur chaque ligne, soit une densité d’environ 1 875 plants par hectare. Une alternative par semis de glands est envisagée sur les secteurs les mieux adaptés, à l’exclusion du tiers sud sur sables très grossiers, où elle serait trop risquée.

Sur le terrain, chaque tranche suit le même protocole : un sous-solage estival entre 60 et 80 centimètres de profondeur pour permettre aux jeunes racines d’atteindre vite les horizons profonds, une préparation de surface sans rotavator, et un paillage des lignes, par paille, vieux foin ou plaquette de bois. La plantation sur un semis d’avoine d’hiver offre une solution particulièrement élégante : elle génère naturellement un paillage l’été suivant et protège les jeunes plants du gibier. Les plants eux-mêmes sont choisis jeunes, deux ans, en racines nues ou petites mottes, plantés en novembre ou décembre pour profiter de réserves nutritives maximales.

Le cadre réglementaire

Boiser des terres agricoles n’est pas un geste anodin sur le plan administratif. Au-delà de 0,5 hectare boisé, une autorisation préalable doit être demandée à la DREAL Pays de la Loire, via le Cerfa « premier boisement ». Une déclaration de boisement, qui vaut changement de nature de culture, doit également être déposée auprès des services fiscaux avant le 31 décembre de l’année en cours, faute de quoi le statut cadastral agricole est reconduit pour un an. Enfin, chaque lot de plants doit être accompagné de certificats d’origine conformes à la réglementation forestière, garantissant leur provenance génétique.

Et maintenant ?

La ferme est un chantier de plusieurs années, pas d’une saison. Les prochaines campagnes de plantation viendront enrichir la carte des haies, tranche après tranche, essence après essence. Nous reviendrons en détail sur la lecture des sols, le choix précis des essences et la réglementation du boisement dans de prochains articles. Vous portez un projet similaire sur vos propres terres ? Contactez le Domaine : c’est exactement notre métier.

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