2022 EN CHIFFRES
- 🔥 Surface brûlée : 72 000 hectares (France entière : forêts, cultures et espaces naturels)
- 📍 Départs de feu : 19 711 incendies recensés
- 🚒 Pompiers mobilisés : jusqu’à 3 000 sapeurs-pompiers au plus fort de la crise girondine, renforts de 60 départements et de 7 pays européens
- ⏱️ Durée du plus grand feu : 78 jours de lutte pour Landiras (du 12 juillet au 28 septembre, reprise comprise)
- 🤕 Bilan humain : aucune victime civile ; 27 pompiers blessés sans gravité en Gironde
- 🏠 Évacuations : environ 50 000 personnes évacuées préventivement en Gironde
Incendies : BDIFF, ministère de l'Agriculture · Forêts : IGN BD Forêt® V2.
Zones brûlées 2022 recensées par la BDIFF (ministère de l’Agriculture). Les chiffres de la carte peuvent différer du bilan national, qui inclut toutes les végétations.
L’année 2022 en un regard
Il y a, dans l’histoire récente des feux de forêts français, un avant et un après 2022. Les chiffres seuls suffisent à le dire : 72 000 hectares partis en fumée, quand la moyenne des quinze années précédentes tournait autour de 15 700 hectares par an. Près de cinq fois la normale. Et 19 711 départs de feu recensés sur l’année, un record absolu.
Rien de tout cela n’est tombé du ciel. 2022 fut l’année de tous les excès climatiques : trois vagues de canicule successives, un déficit de pluie historique, des sols desséchés dès le printemps. En juillet, la végétation de la moitié sud du pays était devenue un combustible prêt à s’embraser à la première étincelle. Elle n’a pas attendu longtemps.
Les feux qui ont marqué 2022
Le 12 juillet, à quelques heures d’intervalle, deux incendies se déclarent en Gironde. Le premier à Landiras, au sud de Bordeaux. Le second à La Teste-de-Buch, en lisière du bassin d’Arcachon, dans la forêt usagère qui borde la dune du Pilat. Ensemble, ils vont écrire l’un des chapitres les plus noirs de l’histoire forestière française.
À La Teste, le feu dévore près de 5 700 hectares de pins en onze jours, sous les yeux des vacanciers évacués des campings ; cinq d’entre eux seront détruits. À Landiras, l’incendie est fixé une première fois le 25 juillet… avant de repartir de plus belle le 9 août : 6 200 hectares supplémentaires brûlent en quelques heures, dix-sept maisons disparaissent à Belin-Béliet, 10 000 personnes sont évacuées en urgence. Il faudra attendre le 28 septembre, soixante-dix-huit jours après le premier départ, pour déclarer le feu définitivement éteint.
Face à cette crise qualifiée d’« inédite et exceptionnelle » par les autorités, la mobilisation fut à la hauteur : jusqu’à 3 000 pompiers engagés simultanément, dont 1 800 Girondins, épaulés par des renforts de soixante départements et de sept pays (Allemagne, Grèce, Autriche, Pologne, Roumanie, Italie, Suisse). Jusqu’à dix avions bombardiers d’eau ont tourné en même temps au-dessus du massif. Le bilan humain, lui, tient du miracle collectif : aucune victime civile, vingt-sept pompiers blessés sans gravité.
Mais réduire 2022 à la Gironde serait manquer l’essentiel. Cette année-là, le feu a frappé là où on ne l’attendait pas : 1 700 hectares dans les monts d’Arrée, en Bretagne ; 1 600 hectares près de Baugé, en Anjou, à une heure de route du Domaine ; des feux dans le Jura, dans le Maine-et-Loire, en Aveyron. La carte ci-dessus le montre d’un coup d’œil : les cicatrices orange ne se concentrent plus sur le pourtour méditerranéen. Elles remontent.
Ce que 2022 nous apprend
2022 a détruit une certitude confortable : celle d’un risque incendie cantonné au Sud. Les massifs de l’Ouest et du Centre, jamais préparés à brûler, ont découvert qu’ils le pouvaient, et que leurs secours, leurs habitants, leurs paysages n’y étaient pas prêts. Les experts l’annonçaient depuis des années ; 2022 l’a rendu visible à l’œil nu. Dès l’année suivante, un incendie majeur en plein mois d’avril confirmera que la saison elle-même est en train de déborder du calendrier ; et trois ans plus tard, l’ogre des Corbières prouvera qu’un seul feu peut désormais dépasser tout ce que la doctrine sait arrêter.
La leçon vaut d’être retenue pour ce qu’elle est : ce ne sont pas les étincelles qui ont changé (neuf feux sur dix restent d’origine humaine), c’est le terrain qui les reçoit. Des étés plus chauds, plus secs, plus longs transforment des forêts ordinaires en poudrières saisonnières. Le climat qui prépare ces étés s’écrit dans l’atmosphère : découvrez à quel taux de CO₂ vous êtes né, la courbe ne redescend pas.
L’autre enseignement de 2022 est plus encourageant : là où le paysage était morcelé (coupures agricoles, feuillus mêlés aux pins, zones humides), le feu a ralenti. La continuité résineuse propage ; la mosaïque freine. La gestion du territoire est un outil de lutte contre l’incendie à part entière, au même titre que les Canadair.
Et après le feu ?
Quatre ans plus tard, les paysages girondins se réinventent. Par endroits, la régénération naturelle fait son œuvre ; ailleurs, les sols mis à nu s’érodent et le travail prendra des décennies. C’est précisément la conviction qui guide le Domaine le Closeau : ne pas replanter des rangées uniformes qui brûleront comme les précédentes, mais dessiner des paysages divers, morcelés et vivants : haies, feuillus, prairies, zones humides. La meilleure assurance contre le feu de demain se plante aujourd’hui.
Explorez toutes les années sur la carte des feux de forêts.
Sources : ministère de l’Intérieur (bilan 2022), préfecture de la Gironde et rapport SDIS 33, préfecture de Nouvelle-Aquitaine.