2019 EN CHIFFRES
- 🔥 Surface brûlée : 22 300 hectares sur l’année (base nationale des incendies de forêt), bien au-dessus des moyennes de la décennie
- 📍 Contexte : deux canicules historiques, avec des pointes à 46 °C dans le Gard et l’Hérault ; près d’un millier de départs de feu dans le seul Gard
- 🚒 Le feu de Générac : deux incendies majeurs en trois jours au sud de Nîmes, environ 500 puis 800 hectares de garrigue
- ⏱️ Fait marquant : le 2 août à 17 h 20, le Tracker T22 de la Sécurité civile s’écrase en luttant contre les flammes
- 🤕 Bilan humain : 1 mort, le pilote Franck Chesneau, 49 ans, père de deux enfants
- 🏠 Conséquence durable : les Tracker sont interdits de vol après l’accident, amputant la flotte aérienne nationale
Incendies : BDIFF, ministère de l'Agriculture · Forêts : IGN BD Forêt® V2.
Zones brûlées 2019 recensées par la BDIFF (ministère de l’Agriculture). Les chiffres de la carte peuvent différer du bilan national, qui inclut toutes les végétations.
L’année 2019 en un regard
2019 est l’année où la France a battu son record absolu de chaleur, avec des pointes à 46 °C entre Gard et Hérault fin juin. Deux canicules ont écrasé le pays, transformé la garrigue en paille et poussé le bilan des feux à 22 300 hectares, bien au-dessus des moyennes de la décennie. Le Gard, à lui seul, a compté près d’un millier de départs de feu et plus d’un millier d’hectares brûlés.
Mais si 2019 occupe une place à part dans cette série, ce n’est pas d’abord pour ses surfaces. C’est parce que cette année-là, la lutte contre le feu a coûté une vie : celle d’un pilote de la Sécurité civile, tombé en plein combat au-dessus de la garrigue gardoise.
Le drame de Générac
Fin juillet, une série d’incendies frappe le secteur de Générac, au sud de Nîmes. Le 30 juillet, un premier feu ravage environ 500 hectares. Le 2 août, alors que le thermomètre frôle les 46 °C, un nouveau brasier d’environ 800 hectares embrase la même commune. Dans le ciel, les bombardiers d’eau enchaînent les rotations depuis la base de Nîmes-Garons.
À 17 h 20, le Tracker T22 piloté par Franck Chesneau, 49 ans, ancien pilote de chasse aux 3 300 heures de vol, père de deux enfants, est pris dans les turbulences extrêmes que génère le brasier : le phénomène que les pompiers appellent « le chaudron ». L’avion est déstabilisé, percute la cime des arbres au sommet d’une colline et s’écrase. Le pilote est tué sur le coup. Quelques semaines plus tard, l’Assemblée nationale entière se lèvera pour lui rendre hommage.
Le rapport du Bureau enquêtes accidents, publié un an après, n’a relevé aucune défaillance technique. Il pointe en revanche une conjonction implacable : des turbulences d’une rare violence, un pilote parti seul, privé du contrôle croisé habituel, faute d’effectifs (trois pilotes disponibles pour quatre avions ce jour-là), et la fatigue d’un homme qui enchaînait les missions depuis la Corse. Conséquence immédiate du drame : les Tracker, vieillissants, sont interdits de vol, amputant durablement la flotte aérienne nationale.
Ce que 2019 nous apprend
2019 rappelle une vérité que les bilans chiffrés font oublier : derrière chaque hectare « sauvé », il y a des femmes et des hommes qui volent à quelques dizaines de mètres d’un brasier ou qui tiennent une lance face à un front de flammes. La sécurité de ces combattants dépend de choix très concrets : effectifs, matériel, renouvellement des avions. Le drame de Générac a accéléré la modernisation de la flotte ; il a aussi montré que la lutte a des limites humaines que la doctrine ne peut pas ignorer. L’année suivante, le feu frapperait aux portes des villes ; trois ans plus tard, c’est tout le pays qui découvrirait sa vulnérabilité.
Et 2019 met en évidence le moteur de fond : des canicules toujours plus précoces, plus intenses, plus longues. Le record de 46 °C n’était pas une anomalie, c’était une annonce. Ce climat s’écrit dans l’atmosphère : découvrez à quel taux de CO₂ vous êtes né, la courbe ne redescend pas.
Et après le feu ?
À Générac, la garrigue repousse lentement sur des sols appauvris par les feux répétés. La mémoire du pilote, elle, demeure : dans le Gard, personne n’a oublié l’été 2019. Au Domaine le Closeau, nous en retenons une conviction : chaque hectare de paysage divers, morcelé et vivant planté aujourd’hui, c’est un peu moins de risque demain pour ceux qui devront voler dans le chaudron. La prévention par le territoire est aussi une manière de protéger ceux qui nous protègent.
Explorez toutes les années sur la carte des feux de forêts.
Sources : dossier de presse interministériel 2023 (surfaces annuelles BDIFF), rapport BEA-é via France 3 Occitanie et ICI Gard Lozère, Objectif Gard (chronologie du 2 août), questions et débats à l’Assemblée nationale (hommage, question écrite n° 27210 sur l’immobilisation des Tracker).