Feux de forêts en France en 2025 : le bilan complet

30 000 hectares brûlés et « l’ogre des Corbières », pire incendie français depuis 1949 : retour sur la saison 2025 des feux de forêts. Carte interactive, faits vérifiés et enseignements.

Légende de l'image : Feu de forêt - Fly-n-sense [Pseudo Wikipédia] | Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0

Table des matières

2025 EN CHIFFRES

  • 🔥 Surface brûlée : environ 30 000 hectares de végétation, dont près de 20 000 hectares de forêt, deux fois la moyenne d’une année ordinaire (ONF)
  • 📍 Départs de feu : 95 % des départs maîtrisés avant de s’étendre, malgré un été à deux canicules (ONF)
  • 🚒 Pompiers mobilisés : jusqu’à 2 200 sapeurs-pompiers simultanément sur le feu des Corbières, renforts de toute la France et totalité des moyens aériens nationaux
  • ⏱️ Durée du plus grand feu : 23 jours pour venir à bout de l’incendie des Corbières (fixé en 5 jours, éteint le 28 août)
  • 🤕 Bilan humain : 1 morte ; 25 blessés, dont 20 pompiers (un en urgence absolue)
  • 🏠 Dégâts : 36 maisons détruites, 16 communes touchées, plusieurs milliers de personnes évacuées

Incendies : BDIFF, ministère de l'Agriculture · Forêts : IGN BD Forêt® V2.

Zones brûlées 2025 recensées par la BDIFF (ministère de l’Agriculture). Les chiffres de la carte peuvent différer du bilan national, qui inclut toutes les végétations.

L’année 2025 en un regard

Sur le papier, 2025 aurait pu ressembler à l’année de répit qui l’avait précédée. L’Office national des forêts est formel : sans un incendie, les surfaces brûlées seraient restées « proches des moyennes historiques ». Mais cet incendie a eu lieu, et il a suffi, à lui seul, à faire de 2025 une année charnière : environ 30 000 hectares de végétation brûlés sur l’été, dont près de 20 000 hectares de forêt, le double d’une année normale.

Le décor était planté de longue date : trois années consécutives de déficit hydrique dans le Sud, un printemps sec, puis un été traversé par deux épisodes caniculaires. Début août, l’Aude et les Pyrénées-Orientales étaient devenues des poudrières : sols vides, nappes non rechargées, garrigue desséchée jusqu’à la racine. Il ne manquait qu’une étincelle et du vent. Les deux sont arrivés le même jour.

Le feu qui a marqué 2025 : « l’ogre des Corbières »

Le mardi 5 août, l’Aude est en vigilance rouge : 34 °C, tramontane à 70 km/h. Vers 16 h 15, un feu se déclare en bord de route entre Lagrasse et Ribaute, au cœur du massif des Corbières. Le guet aérien le repère immédiatement, largue dix tonnes de retardant ; quatre Canadair sont sur zone en quarante-cinq minutes. Rien n’y fait : porté par le vent, le feu avance jusqu’à six kilomètres par heure, une vitesse contre laquelle aucune colonne de pompiers ne peut tenir. En vingt-quatre heures, il parcourt l’essentiel de ses 17 000 hectares, traversant seize communes.

Le bilan est le plus lourd depuis un demi-siècle : une habitante de 67 ans meurt à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, n’ayant pu évacuer sa maison ; 25 personnes sont blessées, dont 20 pompiers ; 36 maisons sont détruites, 12 000 hectares de forêt et 700 hectares de vignobles partent en fumée. Jusqu’à 2 200 sapeurs-pompiers luttent simultanément, épaulés par la totalité de la flotte aérienne nationale. Le feu est fixé en cinq jours, mais il faudra vingt-trois jours pour le déclarer éteint, le 28 août. Les Corbières venaient de connaître le plus grand incendie français depuis les feux des Landes de 1949 ; la presse l’a surnommé « l’ogre des Corbières ». L’enquête sur son origine, toujours en cours, a connu un rebondissement en fin d’année avec la mise en cause d’agents forestiers, qui restent présumés innocents.

Ailleurs, la saison a confirmé une géographie désormais familière : deux incendies notables avaient déjà frappé l’Aude en juillet (Narbonne, puis 350 hectares à Sigean), et, signe des temps, 370 pompiers ont dû défendre la forêt de Brocéliande à Tréhorenteuc, dans le Morbihan, contre un feu de 120 hectares. Quand la Bretagne des légendes brûle, la carte du risque a réellement changé ; les monts d’Arrée l’avaient déjà montré en 2022.

Ce que 2025 nous apprend

2025 est un paradoxe instructif. D’un côté, la doctrine française, « frapper vite et fort », a magnifiquement fonctionné : 95 % des départs de feu ont été maîtrisés avant de s’étendre, malgré des conditions extrêmes. De l’autre, un seul feu échappé a suffi à doubler le bilan national. La leçon est vertigineuse : quand la végétation a accumulé trois ans de soif et que le vent s’en mêle, il existe un seuil au-delà duquel aucun moyen de lutte ne rattrape le feu. La bataille se gagne, ou se perd, avant l’étincelle : dans l’état des sols, la continuité des massifs, l’entretien du territoire.

Car le vrai coupable de 2025 ne s’appelle ni mégot ni malveillance : c’est la sécheresse structurelle qui transforme des collines méditerranéennes ordinaires en accélérateur d’incendie. Le climat qui prépare ces étés s’écrit dans l’atmosphère : découvrez à quel taux de CO₂ vous êtes né, la courbe ne redescend pas.

Et après le feu ?

Dans les Corbières, la reconstruction s’organise : travaux d’urgence déclarés d’intérêt général, plus d’un millier de propriétaires forestiers contactés pour l’exploitation des bois brûlés, sentiers rouverts kilomètre par kilomètre. Il faudra des décennies pour que le paysage se referme. C’est exactement ce que le Domaine le Closeau retient de 2025 : la résilience d’un territoire ne s’improvise pas au moment de l’alerte rouge ; elle se plante des années avant, dans des paysages divers, morcelés et vivants où les haies, les feuillus et les zones humides cassent l’élan du feu. La forêt qui résistera demain se dessine aujourd’hui.

Explorez toutes les années sur la carte des feux de forêts.

Sources : ONF (bilan incendies 2025, 3 oct. 2025), question écrite n° 12391 Assemblée nationale (bilan officiel Corbières), préfecture de l’Aude, Wikipédia (Incendie du massif des Corbières, sourcé BFM/Le Monde).

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