2023 EN CHIFFRES
- 🔥 Surface brûlée : 13 450 hectares sur la saison (bilan du ministère de l’Intérieur), cinq fois moins qu’en 2022
- 📍 Départs de feu : 12 200 départs recensés au 26 août, avec des pics à plus de 250 départs certains jours
- 🚒 Pompiers mobilisés : jusqu’à 600 sapeurs-pompiers sur l’incendie de Cerbère, venus de six départements, appuyés par 4 Canadair et 2 Dash
- ⏱️ Fait marquant : la saison la plus précoce jamais enregistrée dans les Pyrénées-Orientales, ouverte le 16 avril
- 🤕 Bilan humain : pas de victime rapportée dans le bilan gouvernemental de la saison ; un pompier légèrement incommodé à Cerbère*
- 🏠 Dégâts marquants : un camping et une trentaine de maisons détruits à Saint-André, environ 3 000 personnes évacuées
*Le bilan présenté en conseil des ministres le 30 août 2023 ne fait état d’aucune victime ; cette ligne reflète les communications officielles de la saison.
Incendies : BDIFF, ministère de l'Agriculture · Forêts : IGN BD Forêt® V2.
Zones brûlées 2023 recensées par la BDIFF (ministère de l’Agriculture). Les chiffres de la carte peuvent différer du bilan national, qui inclut toutes les végétations.
L’année 2023 en un regard
Après le traumatisme de 2022, la France attendait l’été 2023 avec appréhension. Le verdict, présenté par le ministre de l’Intérieur en conseil des ministres le 30 août, fut presque un soulagement : 13 450 hectares brûlés, contre plus de 65 000 l’année précédente. Cinq fois moins. Les conditions météorologiques, plus clémentes, ont fait retomber la pression sur la plupart des massifs, et les dégâts se sont reconcentrés sur les territoires habituels du Sud et du Sud-Est.
Mais ce chiffre rassurant cache deux réalités moins confortables. D’abord, le nombre de départs de feu n’a presque pas baissé : 12 200 départs au 26 août, contre 12 528 en 2022, avec des journées à plus de 250 alertes. Les imprudences, elles, n’ont pas pris de vacances ; c’est la végétation, moins sèche, qui a refusé de s’embraser. Ensuite, et surtout, la saison s’est allongée par les deux bouts. Elle n’a pas commencé en juillet. Elle a commencé en avril.
Les feux qui ont marqué 2023
Le dimanche 16 avril, en pleine période pascale, un feu se déclare à l’anse de Peyrefite, sur la commune de Cerbère, à l’extrême sud de la côte des Pyrénées-Orientales. La tramontane souffle à plus de 80 km/h, avec des rafales à 120 km/h dans les reliefs : les 4 Canadair et les 2 Dash dépêchés sur place ne peuvent même pas larguer. Au sol, jusqu’à 600 sapeurs-pompiers venus de six départements, épaulés par les marins-pompiers de Marseille, se battent pied à pied. Le feu parcourt environ 900 hectares selon les bilans, traverse la frontière et atteint Portbou, en Espagne. À Cerbère, 300 personnes sont évacuées vers le gymnase et la plage, 180 autres confinées, deux habitations touchées. Ce sera le plus grand incendie de l’année en France… et le plus important jamais enregistré dans les Pyrénées-Orientales pour un mois d’avril. Un feu de plein été, en plein printemps.
Le même département allait revivre l’épreuve en plein cœur de l’été : le 14 août, à Saint-André, près d’Argelès, les flammes dévastent le camping du Chêne Rouge et une trentaine de maisons. Près de 3 000 personnes sont évacuées, certaines vers un gymnase. Il faudra deux jours d’efforts intenses pour maîtriser le feu. Les Pyrénées-Orientales, frappées par une sécheresse chronique que les pluies n’ont jamais compensée, auront été le point noir d’une année par ailleurs contenue.
Ce que 2023 nous apprend
La leçon de 2023 tient en une phrase : le feu est en train de sortir du calendrier. Un incendie majeur en avril, des départs quotidiens jusqu’à l’automne : la « saison des feux », jadis cantonnée à juillet-août, s’étire désormais sur plus de six mois dans les territoires les plus secs. Les moyens de lutte, les effectifs saisonniers, la vigilance des habitants : tout notre dispositif reste pourtant calé sur l’ancien calendrier. C’est cette dissonance que 2023 a rendue visible, avant que l’année suivante n’offre un répit inespéré… et trompeur.
L’autre enseignement dépasse nos frontières. Pendant que la France respirait, l’Europe brûlait : 351 757 hectares au 19 août à l’échelle du continent, 47 % au-dessus de la moyenne. La France a envoyé deux Canadair en Grèce à deux reprises en juillet. La solidarité aérienne européenne, testée en 2022, est devenue en 2023 une routine opérationnelle. Le message est limpide : nos étés sont désormais liés, et une flotte de bombardiers d’eau se partage à l’échelle du continent. Le climat qui synchronise ces étés s’écrit dans l’atmosphère : découvrez à quel taux de CO₂ vous êtes né, la courbe ne redescend pas.
Et après le feu ?
À Cerbère, la nature a donné sa propre leçon dès l’année suivante : l’herbe est revenue, mais la commune a fait un choix remarquable pour la suite. Pas question de replanter des pins en rangs serrés ; les élus ont annoncé vouloir replanter par îlots, avec d’autres essences, pour ne pas « reproduire les erreurs du passé ». C’est mot pour mot la conviction du Domaine le Closeau : la meilleure défense d’un territoire contre le feu, ce sont des paysages divers, morcelés et vivants, où les haies, les feuillus et les coupures de milieux cassent l’élan des flammes avant qu’elles ne deviennent incontrôlables.
Explorez toutes les années sur la carte des feux de forêts.
Sources : bilan du ministère de l’Intérieur présenté en conseil des ministres (30 août 2023, via La Gazette des Communes), préfecture des Pyrénées-Orientales (communiqués Cerbère, avril 2023), ministère de l’Intérieur (page Cerbère), ICI/France Bleu Roussillon, aquagir (Saint-André).