2021 EN CHIFFRES
- 🔥 Surface brûlée : 14 800 hectares sur l’année (base nationale des incendies de forêt), une saison proche des moyennes… dominée par un seul feu
- 📍 Le feu de Gonfaron : 6 832 hectares parcourus selon le Syndicat mixte du massif des Maures, jusqu’à 8 000 selon les bilans, dont près de 5 000 la première nuit
- 🚒 Pompiers mobilisés : jusqu’à 1 200 sapeurs-pompiers et sapeurs-sauveteurs sur le massif des Maures ; 3 600 largages de Canadair et de Dash sur l’année
- ⏱️ Durée : une semaine de lutte pour déclarer le feu de Gonfaron éteint, après six jours de reprises incessantes
- 🤕 Bilan humain : 2 morts à Grimaud ; 26 blessés selon le dernier bilan
- 🏠 Évacuations : 10 000 personnes évacuées préventivement, des maisons, campings et hôtels détruits ou touchés
Incendies : BDIFF, ministère de l'Agriculture · Forêts : IGN BD Forêt® V2.
Zones brûlées 2021 recensées par la BDIFF (ministère de l’Agriculture). Les chiffres de la carte peuvent différer du bilan national, qui inclut toutes les végétations.
L’année 2021 en un regard
Vue de loin, 2021 ressemble à une année ordinaire : 14 800 hectares brûlés, un chiffre dans les eaux des moyennes décennales, loin des records. Mais cette moyenne est un trompe-l’œil. L’essentiel du bilan s’est joué en une seule semaine d’août, dans un seul département, sur un seul feu : celui qui est parti d’une aire d’autoroute à Gonfaron, dans le Var, et qui est devenu le plus gros incendie du département depuis trente ans.
2021 restera ainsi comme l’année d’un paradoxe : une saison globalement maîtrisée, et pourtant l’un des feux les plus traumatisants de la décennie, le troisième plus grand recensé par la base Prométhée depuis 1973 au moment des faits. La preuve, une fois encore, qu’un bilan annuel se joue parfois en quelques heures de vent.
Le feu qui a marqué 2021 : Gonfaron et le massif des Maures
Le lundi 16 août, le Var est placé en risque très sévère. À 17 h 43, une épaisse fumée noire s’élève de l’aire d’autoroute des Sigues, sur l’A57, à Gonfaron. Treize minutes plus tard, 3 à 4 hectares brûlent déjà. Attisé par un mistral violent et tourbillonnant, le feu progresse à 3,5 km/h, multiplie les sautes, dont une de 800 mètres, franchit la RD 33 malgré une ligne d’arrêt, et s’engouffre dans le massif des Maures. En une seule nuit, près de 5 000 hectares sont parcourus. Le périmètre finira par dépasser vingt kilomètres, effleurant Cogolin et le golfe de Saint-Tropez, atteignant La Garde-Freinet.
Le bilan humain est tragique : deux personnes meurent dans une habitation calcinée du hameau isolé du Val de Gilly, à Grimaud ; on compte 26 blessés au dernier bilan. 10 000 personnes sont évacuées préventivement, dont des milliers de vacanciers tirés des campings en pleine nuit ; des maisons, des campings et des hôtels sont détruits ou touchés. Jusqu’à 1 200 sapeurs-pompiers et sapeurs-sauveteurs luttent pendant six jours contre d’incessantes reprises ; le feu est déclaré éteint une semaine après son départ. Au total, 6 832 hectares ont été parcourus selon le Syndicat mixte du massif des Maures, jusqu’à 8 000 selon d’autres bilans. Et le feu a ravagé une grande partie de la réserve naturelle nationale de la plaine des Maures, l’un des joyaux de biodiversité du littoral méditerranéen.
L’enquête a conduit, en décembre, à la mise en examen d’un homme qui a reconnu avoir fumé sur l’aire d’autoroute d’où est parti le feu. Un mégot présumé, 6 832 hectares, deux vies : la disproportion entre la cause et la conséquence résume à elle seule le risque incendie français.
Ce que 2021 nous apprend
La leçon de Gonfaron est double. La première tient dans la vitesse : quand le mistral porte un feu à 3,5 km/h avec des sautes de 800 mètres, la fenêtre d’action des secours se referme en minutes. Les pompiers du Var l’ont qualifié de « plus complexe de ces dernières années » ; il annonçait ce que l’année suivante allait généraliser à tout le pays, puis ce que l’ogre des Corbières pousserait à l’extrême.
La seconde leçon touche à ce qui a brûlé : une réserve naturelle. Protéger un espace sur le papier ne le protège pas des flammes ; seule la gestion concrète du territoire (coupures, mosaïques de milieux, interfaces entretenues) le peut. Et l’origine du feu rappelle l’évidence statistique : neuf feux sur dix sont d’origine humaine, la moitié par simple imprudence. Le climat, lui, charge le décor en amont : sécheresse des sols, végétation inflammable dès le cœur de l’été. Ce climat s’écrit dans l’atmosphère : découvrez à quel taux de CO₂ vous êtes né, la courbe ne redescend pas.
Et après le feu ?
Dans la plaine des Maures, la question de l’après a immédiatement surgi, jusqu’à l’Assemblée nationale : fallait-il autoriser des vignes et des activités agricoles dans la réserve pour créer des coupures de combustible ? Le débat illustre exactement la conviction du Domaine le Closeau : la meilleure protection d’un milieu naturel n’est pas la mise sous cloche, c’est un paysage divers, morcelé et vivant, où les vignes, les haies, les prairies et les zones humides cassent l’élan du feu avant qu’il ne devienne monstre. Ce que le Var a payé pour l’apprendre, plantons-le ailleurs avant l’étincelle.
Explorez toutes les années sur la carte des feux de forêts.
Sources : dossier de presse interministériel 2023 (surfaces annuelles BDIFF, largages 2021), Syndicat mixte du massif des Maures, franceinfo (récit et bilans), ICI/France Bleu Provence, INA Sudorama, PSFDF (chronologie minute par minute), question écrite n° 42616 Assemblée nationale (plaine des Maures).