2020 EN CHIFFRES
- 🔥 Surface brûlée : 17 400 hectares sur l’année (base nationale des incendies de forêt), au-dessus des moyennes de la décennie
- 📍 Fait marquant : deux feux emblématiques en une semaine, l’un au cœur d’une ville (Anglet), l’autre sur un littoral touristique bondé (Martigues)
- 🚒 Pompiers mobilisés : 1 200 sapeurs-pompiers et 7 avions bombardiers d’eau sur le feu de Martigues ; 150 pompiers, 60 policiers et des Canadair en pleine ville à Anglet
- ⏱️ Durée : Martigues parcourt 8 kilomètres en moins de 2 heures avant d’être contenu ; Chiberta est maîtrisé au matin après une nuit de lutte
- 🤕 Bilan humain : aucun blessé grave rapporté sur les feux marquants de l’été ; 16 intoxications légères par les fumées à Anglet (habitants, policiers, un pompier)*
- 🏠 Dégâts : au moins 11 maisons touchées à Anglet dont 5 rendues inhabitables ; environ 2 700 personnes évacuées autour de Martigues, dont 225 par bateau
*Aucun bilan humain national consolidé n’a été publié pour la saison 2020 ; cette ligne reflète les communications officielles des deux sinistres majeurs.
Incendies : BDIFF, ministère de l'Agriculture · Forêts : IGN BD Forêt® V2.
Zones brûlées 2020 recensées par la BDIFF (ministère de l’Agriculture). Les chiffres de la carte peuvent différer du bilan national, qui inclut toutes les végétations.
L’année 2020 en un regard
2020 restera dans les mémoires pour bien d’autres raisons que ses incendies. Et pourtant, dans cet été si particulier de sortie de confinement, où la France entière s’est ruée vers ses littoraux, le feu a trouvé le moyen d’écrire deux scènes que personne n’avait vues venir : une forêt qui brûle en plein centre-ville, et des vacanciers évacués par la mer.
Le bilan national s’établit à 17 400 hectares brûlés, au-dessus des moyennes de la décennie : une saison chargée sans être exceptionnelle. Mais comme souvent, les chiffres disent moins que la géographie. Car les deux feux qui ont marqué 2020 n’ont pas frappé des massifs isolés : ils ont frappé là où vivent et dorment les gens.
Les feux qui ont marqué 2020
Le jeudi 30 juillet, en début de soirée, un feu se déclare dans la forêt du Pignada, au cœur du quartier de Chiberta, en pleine ville d’Anglet. Cette pinède de 230 hectares coincée entre l’océan et l’Adour est le poumon vert de l’agglomération : de hauts pins difficiles d’accès, des maisons en lisière immédiate. La forêt « a crépité toute la nuit », racontera le maire. Les Canadair larguent au-dessus des toits, 150 pompiers, 50 engins et 60 policiers luttent maison par maison. Au matin, le feu est maîtrisé : 165 hectares parcourus selon le bilan à chaud (sautes de feu comprises), environ 80 hectares réellement détruits selon le bilan consolidé dressé depuis par l’ONF. Au moins 11 maisons sont touchées, dont 5 rendues inhabitables, une centaine de personnes évacuées, 16 intoxications légères par les fumées. Le parc écologique Izadia et sa Maison de l’environnement partent en fumée. « C’est une partie de notre patrimoine environnemental qui est parti », résume le maire d’Anglet.
Cinq jours plus tard, le mardi 4 août, c’est le littoral des Bouches-du-Rhône qui s’embrase. Parti près de Martigues, poussé par un vent violent, le feu parcourt 8 kilomètres en moins de deux heures et finit par consumer environ 1 000 hectares de végétation. 1 200 sapeurs-pompiers et 7 avions bombardiers d’eau se relaient dans ce que le SDIS 13 qualifie de « lutte acharnée ». Huit campings sont évacués préventivement entre Martigues et Sausset-les-Pins : environ 2 700 personnes déplacées en pleine nuit, dont 225 vacanciers évacués par bateau vers un village de pêcheurs voisin, images rares en France métropolitaine. Une maison de retraite est également évacuée. Aucun blessé grave n’est à déplorer.
Ce que 2020 nous apprend
2020 a mis en pleine lumière une statistique que l’on cite souvent sans la voir : 80 % des départs de feu se produisent à moins de 50 mètres des habitations. Le feu de forêt n’est pas un phénomène de nature sauvage et lointaine ; c’est un risque d’interface, là où la ville et la végétation se touchent. Chiberta en est l’illustration extrême : une forêt urbaine, entourée de rues et de villas, qui s’embrase un soir d’été. Martigues en est l’autre visage : des campings posés en lisière de garrigue, remplis au plus fort de la saison.
C’est précisément à ces interfaces que se joue la prévention : le débroussaillement obligatoire autour des constructions, les coupures de combustible, l’entretien des lisières. Une maison au terrain débroussaillé résiste dans la majorité des cas au passage du feu ; c’est toute la logique des obligations légales de débroussaillement. L’été suivant, le drame de Gonfaron rappellerait le prix des interfaces mal préparées, avant que 2022 ne généralise le risque à tout le pays. Le climat qui tend ce décor s’écrit dans l’atmosphère : découvrez à quel taux de CO₂ vous êtes né, la courbe ne redescend pas.
Et après le feu ?
L’histoire de Chiberta a une suite qui donne de l’espoir : cinq ans après, les jeunes pins replantés dépassent 1,50 mètre, la Maison de l’environnement a été reconstruite face au parc Izadia, et la forêt revit sous la surveillance attentive de l’ONF et de la commune. « Plus jamais ça », répète le maire. La reconquête est possible ; elle prend des années et une volonté constante. C’est la même patience que cultive le Domaine le Closeau : des paysages divers, morcelés et vivants, pensés dès la plantation pour que la lisière ne soit jamais une mèche. Ce que 2020 a appris aux villes, plantons-le dans les campagnes.
Explorez toutes les années sur la carte des feux de forêts.
Sources : dossier de presse interministériel 2023 (surfaces annuelles BDIFF, statistique des interfaces), France 3 Nouvelle-Aquitaine et franceinfo (Chiberta, bilans préfecture et mairie), CNEWS (bilan matériel Chiberta), ICI Pays Basque (bilan consolidé 5 ans après), AFP via Euronews et Al Jazeera (Martigues).