2016 EN CHIFFRES
- 🔥 Surface brûlée : plus de 4 800 hectares dans les seules Bouches-du-Rhône, leur année la plus noire en vingt ans ; 2 655 hectares pour le seul feu de Rognac*
- 📍 Le jour critique : 10 août, mistral à 90-100 km/h, hygrométrie autour de 20 %, journée classée en risque « exceptionnel »
- 🚒 Pompiers mobilisés : environ 2 000 sapeurs-pompiers et 600 véhicules sur le feu de Rognac, une partie des moyens aériens clouée au sol
- ⏱️ Durée : le feu atteint les portes de Marseille en trois jours ; il faudra sept jours de plus pour l’éteindre
- 🤕 Bilan humain : aucune victime ; huit blessés et intoxiqués sur Rognac, et quatre pompiers blessés le même jour près de Gabian (Hérault), dont trois grièvement
- 🏠 Dégâts : 26 bâtiments totalement détruits sur les 5 000 exposés, aéroport Marseille-Provence fermé temporairement, environ 65 millions d’euros de dégâts
*Aucun bilan national annuel consolidé n’a été rendu public pour 2016 ; les chiffres reflètent les bilans départementaux et l’étude scientifique de référence sur le feu de Rognac.
Incendies : BDIFF, ministère de l'Agriculture · Forêts : IGN BD Forêt® V2.
Zones brûlées 2016 recensées par la BDIFF (ministère de l’Agriculture). Les chiffres de la carte peuvent différer du bilan national, qui inclut toutes les végétations.
L’année 2016 en un regard
Pour les Bouches-du-Rhône, 2016 reste l’année la plus noire en vingt ans : plus de 4 800 hectares brûlés dans le seul département, entre le feu géant de Rognac, les 800 hectares de la zone industrielle de Fos-sur-Mer et 300 hectares aux abords des Calanques en septembre. Et une image que la Provence n’avait plus connue depuis longtemps : la fumée d’un incendie de forêt obscurcissant le ciel de Marseille, deuxième ville de France, dont les quartiers nord ont vu les flammes arriver.
Le feu qui a marqué 2016 : Rognac, la catastrophe évitée
Le mercredi 10 août, la journée est classée en risque « exceptionnel » : le mistral souffle depuis deux jours à 90-100 km/h, l’air est sec comme de l’amadou. Des moyens importants ont été prépositionnés… mais une partie est déjà accaparée par les feux qui éclatent dans la zone industrielle de Fos-sur-Mer, et une partie des avions est clouée au sol. À 15 h 09, un feu démarre au pied du plateau de l’Arbois, sur la commune de Rognac. Rien ne peut l’empêcher de monter sur le plateau.
La suite est une course folle : des flammes qui avancent jusqu’à 80 mètres par minute, des murs de feu de 30 mètres décrits par les habitants, Vitrolles traversée, des centaines d’évacués, l’aéroport Marseille-Provence fermé. Environ 2 000 pompiers et 600 véhicules se battent pied à pied. Le feu est arrêté dans la nuit aux portes des quartiers nord de Marseille ; il faudra encore sept jours pour l’éteindre. Bilan : 2 655 hectares parcourus, 26 bâtiments totalement détruits sur les 5 000 exposés dans la zone traversée, huit blessés et intoxiqués, environ 65 millions d’euros de dégâts. Les experts en feront le cinquième feu le plus destructeur des Bouches-du-Rhône en cinquante ans, et l’étude scientifique de référence le résumera d’une formule : une « catastrophe humaine évitée ».
Le même jour, près de Gabian dans l’Hérault, quatre pompiers dont le véhicule est cerné par les flammes sont blessés, trois grièvement : le rappel que la simultanéité des feux met d’abord en danger ceux qui les combattent.
Et l’origine de Rognac ? Un mégot de cigarette mal éteint, jeté par un maçon sur un chantier. Jugé cinq ans plus tard face à plus de 400 parties civiles, il incarne à lui seul la statistique : neuf feux sur dix sont d’origine humaine.
Ce que 2016 nous apprend
Rognac est un cas d’école étudié depuis dans les formations : quand le vent dépasse un certain seuil, la question n’est plus d’éteindre le feu mais de sauver les personnes et de tenir les lisières urbaines. Que 26 bâtiments seulement aient brûlé sur 5 000 exposés tient à l’engagement des secours… et au débroussaillement là où il avait été fait. L’été suivant, la Provence et le Var revivraient la simultanéité en pire ; cinq ans plus tard, un autre mégot sur une aire d’autoroute embraserait le massif des Maures. Les étincelles ne changent pas ; le terrain, lui, devient chaque année plus inflammable. Ce basculement s’écrit dans l’atmosphère : découvrez à quel taux de CO₂ vous êtes né, la courbe ne redescend pas.
Et après le feu ?
Sur le plateau de l’Arbois, la garrigue a repris ses droits, rase et opiniâtre. Les communes traversées ont durci leurs obligations de débroussaillement et leur mémoire du risque. La leçon vaut pour tous les territoires, y compris les nôtres : l’interface entre le bâti et la végétation se prépare des années à l’avance, par des paysages divers, morcelés et vivants où le feu perd son élan avant d’atteindre les maisons. C’est le pari quotidien du Domaine le Closeau.
Explorez toutes les années sur la carte des feux de forêts.
Sources : revue Forêt Méditerranéenne (étude de référence sur le feu de Rognac, 2019), ICI/France Bleu Provence (procès de 2021), CNEWS (bilan départemental 2016), France 24/AFP et BBC (bilans à chaud, Gabian), NBC News (Vitrolles, aéroport).