Si la politique forestière française, de l’ordonnance de 1669 sous Colbert au Code forestier de 1827, s’est construite sur une logique de gestion des ressources et de production de bois d’œuvre, la vision contemporaine de la forêt opère une mutation profonde. Elle ne se définit plus seulement par ce qu’elle produit, mais par ce qu’elle abrite.
Là où l’agriculture conventionnelle a, depuis les années d’après-guerre et la révolution verte, tendu vers une simplification extrême des paysages, rasant les haies et homogénéisant les sols pour la monoculture, la forêt incarne le retour à la complexité biologique.
L’architecture du vivant : de la verticalité à la résilience
Contrairement à la parcelle agricole conventionnelle, qui se déploie sur un plan horizontal unique, la forêt se structure par une occupation verticale de l’espace, ou « stratification ». De la strate musinale (mousses et champignons) à la canopée, en passant par les strates herbacées et arbustives, chaque étage offre des niches écologiques spécifiques. Cette architecture complexe permet la cohabitation de milliers d’espèces sur une surface réduite.

C’est cette densité structurelle qui permet au Domaine le Closeau d’envisager une véritable métamorphose : transformer une terre exploitée en un écosystème autonome. En recréant ces strates, on ne plante pas simplement des arbres ; on restaure une chaîne trophique complète, des micro-organismes du sol aux grands prédateurs, assurant ainsi une résilience naturelle face aux aléas climatiques.
Le sol forestier : mémoire et avenir du terroir
L’histoire de nos terroirs se lit dans la terre. Alors que les sols agricoles ont souvent été appauvris par des décennies de labour et d’intrants chimiques, le sol forestier fonctionne comme un réacteur biologique autonome.
La chute des feuilles, le bois mort et la décomposition de la matière organique recréent l’humus, véritable or brun de la biodiversité. C’est ici, dans l’invisibilité du sous-sol, que se joue l’essentiel : les réseaux mycorhiziens (symbiose entre champignons et racines) connectent les arbres entre eux, permettant des échanges de nutriments et d’informations.
Faire renaître une forêt sur une ancienne ferme, c’est donc avant tout un acte de régénération du sol. C’est accepter de passer du temps court de la récolte annuelle au temps long du cycle forestier, rendant au territoire sa capacité à filtrer l’eau, à stocker le carbone et à réguler le climat local.
Le saviez-vous ? En France métropolitaine, si la forêt couvre aujourd’hui 31 % du territoire, la biodiversité y reste fragile. Les forêts anciennes ou en libre évolution, celles qui possèdent le plus haut potentiel de biodiversité (bois morts, vieux arbres à cavités), demeurent rares. C’est tout l’enjeu des projets de renaturation actuels.