L’eau et la forêt entretiennent une relation tumultueuse et vitale, dont l’histoire de France garde les stigmates. Au milieu du XIXe siècle, les grandes inondations catastrophiques qui frappèrent les vallées du Rhône et de la Loire furent directement imputées au déboisement massif des massifs montagneux. C’est de ce constat dramatique que naquit, en 1860, la grande loi sur la Restauration des Terrains en Montagne (RTM), reconnaissant pour la première fois que l’arbre est le meilleur ingénieur hydraulique dont nous disposons.
Dans un contexte contemporain marqué par l’alternance de sécheresses sévères et de précipitations violentes, transformer une terre agricole en forêt, comme au Domaine le Closeau, revient à restaurer une infrastructure hydraulique naturelle, capable de temporiser et de purifier l’eau du ciel.
L’effet parapluie : briser l’énergie cinétique
Sur un sol agricole nu ou une culture basse, la pluie tombe avec violence. L’énergie cinétique des gouttes frappe la terre, provoquant ce que l’on appelle l’effet de « battance ». Le sol se ferme, devient imperméable, et l’eau, au lieu de s’infiltrer, ruisselle en emportant la terre fertile vers les rivières : c’est l’érosion.
La forêt oppose à la pluie une première barrière physique : la canopée.
Les feuilles et les branches interceptent une partie des précipitations (interception foliaire). L’eau ne tombe plus, elle s’écoule lentement le long des troncs ou goutte à goutte depuis le feuillage. Ce ralentissement mécanique est la première étape de la gestion de l’eau : en brisant la vitesse de chute, la forêt protège la structure du sol et laisse le temps à la terre de boire.
La filtration : de l’eau brune à l’eau claire
Une fois au sol, l’eau rencontre l’humus forestier. Comme nous l’avons évoqué en abordant la vie du sol, cette couche fonctionne comme une éponge géante grâce à sa porosité. Là où un champ de maïs saturé rejette l’eau excédentaire presque immédiatement, un sol forestier mature peut stocker des quantités phénoménales d’eau dans ses micropores (entre les agrégats de terre) et ses macropores (galeries de racines et de vers).
Mais la forêt fait mieux que stocker : elle épure. En percolant lentement à travers les couches d’humus et d’argile, l’eau est filtrée physiquement et chimiquement. Le système racinaire des arbres et l’activité microbienne piègent les nitrates et les polluants résiduels. C’est pourquoi les sources captées en forêt sont souvent d’une potabilité quasi immédiate, contrairement aux nappes situées sous les plaines agricoles intensives. Renaturer une parcelle, c’est donc offrir une zone tampon qui garantit la qualité de l’eau pour tout le bassin versant.
Le cycle vertueux : l’évapotranspiration
Enfin, la forêt n’est pas un système passif. Elle participe activement au cycle de l’eau par le phénomène de l’évapotranspiration. Les arbres pompent l’eau du sol par leurs racines et la rejettent sous forme de vapeur par les stomates de leurs feuilles.
Ce processus a deux conséquences majeures pour le territoire :
- La climatisation locale : L’évaporation de l’eau consomme de l’énergie calorifique, ce qui refroidit l’air ambiant (nous y reviendrons dans un prochain article sur le climat).
- La formation des nuages : On sait aujourd’hui que les forêts continentales contribuent à humidifier l’atmosphère et à favoriser les pluies plus loin dans les terres.
Le Domaine le Closeau, en laissant la forêt reprendre ses droits, ne se contente pas de planter des arbres. Il réinstalle un cycle de l’eau complet, passant d’un système de « ruissellement-érosion » à un système « infiltration-évaporation », seul garant de la résilience de nos terroirs face aux aléas climatiques.
Le saviez-vous ? Selon l’INRAE, un sol forestier absorbe l’eau 10 à 50 fois plus vite qu’un sol agricole tassé. Lors d’un orage violent déversant 50 mm d’eau en une heure, la forêt boit la quasi-totalité de l’averse, là où un champ labouré sature après quelques millimètres seulement, générant des coulées de boue.